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L’industrie 4.0 est d’abord une question de Systèmes d’Information !

Par Rodolphe Basse, Digital Strategy Manager

L’industrie 4.0 est d’abord une question de Systèmes d’Information !

Comme nous l’expliquions dans le dossier « Focus sur l’industrie 4.0 », l’âme de cette 4 ème révolution industrielle est le produire MIEUX. Vous l’avez compris, contrairement au construire PLUS, il ne s’agit plus d’avoir des machines plus grosses mais des machines qui communiquent mieux avec leurs opérateurs et entre elles : des smart machines.

En effet, les nouvelles machines industrielles sont aujourd’hui capables de remonter une quantité importante de data qualifiées concernant leur fonctionnement, leur température, leurs vibrations, le bruit émis, le type d’opération qu’elles réalisent, le temps restant avant la prochaine maintenance etc… Toutes ces informations permettent de mieux opérer la machine et même de détecter des modèles de fonctionnement anormaux et donc d’identifier des pannes potentielles avant même qu’elles n’arrivent en utilisant des algorithmes de maintenance prédictives !

Jusque-là, tout semble être parfait dans le meilleur des mondes. Cependant, dès lors que l’on parle de data dans le monde du digital, un certain nombre de problématiques se présentent immédiatement : par quel canal de communication récupère-t-on les datas ? Quel est le formatage de ces datas ? Comment et où pouvons-nous stocker ces datas ?

Décryptons ensemble ces trois problématiques pour vous faire comprendre l’intérêt de votre DSI dans votre révolution 4.0 !

Par quel canal de communication récupère-t-on les datas ?

C’est effectivement la première question à se poser avant d’acquérir une « machine miraculeuse » qui sait tout faire et qui remonte toutes les informations du monde. Suis-je équipé pour récupérer cette information ? Est-ce que je possède le réseau adapté pour la remonté d’information dans mon usine ?

En effet, comme pour tout type de communication (modèle de Riley et Riley), la remontée de data requiert a minima un émetteur, un media et un récepteur. Dans notre cas, la smart machine est l’émettrice de l’information, il nous convient donc de nous assurer que nous avons bien au moins un canal (wifi, câble etc..) et un récepteur (serveur capable de recevoir et traiter l’information) pour qu’il puisse y avoir une véritable communication.

Il incombe donc à votre DSI de mettre en place les conditions nécessaires à l’implantation de n’importe quel objet (et/ou machine) connecté dans votre usine, puis de s’assurer que la machine que vous souhaitez acquérir est bien compatible avec votre installation réseau.

Quel langage parlent les smart machines ?

Si le premier piège du réseau est aujourd’hui relativement évident et facile à contourner compte tenu de l’évolution technologique moyenne des entreprises, le problème du protocole de communication est bien plus complexe à résoudre. En effet, si nous reprenons le modèle de Riley mentionné ci-dessus, il ne suffit pas d’avoir un émetteur, un média et un récepteur pour établir une connexion. En effet, le message est toujours codé par l’émetteur et décodé par le récepteur. Si l’émetteur parle français il faut que le récepteur comprenne le français pour qu’il y ait communication !

C’est là que tout se complique ! En effet, étant encore au début de cette révolution industrielle, nous sommes encore au milieu de ce qu’on appelle communément dans le monde de l’innovation : la guerre des standards. C’est la période durant laquelle tous les constructeurs essaient d’imposer leur propre format comme nouveau standard d’industrie. L’industriel qui réussira se verra dans une position dominante évidente comparé aux autres qui devront adopter la technologie de ce premier.

Dans cette guerre, le consortium allemand Plattform Industrie 4.0 a pris une longueur d’avance en associant plusieurs grands groupes industriels allemands leaders de l’industrie afin de travailler ensemble sur le développement d’un standard industriel commun : l’OPC UA. Aujourd’hui, les allemands et les américains (Industrial Internet Consortium) se rapprochent pour pousser ensemble ce qui semble être en phase de devenir le nouveau standard universel en matière d’industrie 4.0.

Vous l’aurez compris, l’intérêt de voir émergé un standard unique pour nous autres industriels est que nous n’aurons plus à nous soucier de l’interopérabilité des machines et serveurs dans lesquels nous investissons puisque tous parleront le même langage. L’investissement dans le 4.0 devient alors beaucoup moins risqué, le déploiement des solutions et machines instantané et l’évolution de son parc industriel beaucoup plus lisible.

Comment et où pouvons-nous stocker toutes ces datas ?

Une fois que nous nous sommes assurés que nous avons le réseau nécessaire ainsi qu’un langage de communication commun entre nos machines et nos serveurs il nous reste ensuite à stocker cette data avant de pouvoir l’exploiter. Et nous en revenons encore une fois à une problématique purement SI.

La question principale qu’il va falloir arbitrée sera la suivante : Cloud computing ou Edge computing ?

Le Cloud Computing que la plupart des intégrateurs tenteront de vous vendre consiste à stocker les datas générées par vos smart machines dans des espaces dédiés sur des serveurs distants : le fameux cloud. L’avantage certain de cette option est qu’elle ne requiert aucune connaissance en informatique et que tout est déjà paramétré pour que vous n’ayez rien à faire lors de l’installation. En l’absence d’un DSI dans votre entreprise il s’agit probablement de l’option à privilégier. Cependant, il faut savoir qu’il y a également un certain nombre d’inconvénients à cette option. Tout d’abord, vous n’avez plus le contrôle physique de votre data et vous n’êtes donc plus à même d’en contrôler la sécurité. De plus, de même que les constructeurs ne sont pas d’accord sur un standard de communication entre les machines, chacun possède aussi ses préférences en matière de cloud. Cela entraine que vous êtes condamnés à travailler avec le(s) même(s) constructeur(s) si vous souhaitez avoir vos datas au même endroit afin de pouvoir les exploiter par la suite.

Le Edge Computing à l’inverse consiste à stocker les datas générées en interne sur une base de données personnelle stockée elle-même sur un serveur physique situé sur place. L’avantage de cette option est que vous conservez le contrôle total de vos datas et donc vous en assurez la sécurité et pouvez garantir une certaine restriction à l’accès. C’est d’ailleurs un prérequis pour toute entreprise travaillant avec des données sensibles. L’autre avantage est que si vous maitrisez votre stockage, vous pouvez travailler avec tous les constructeurs moyennant éventuellement la création d’algorithmes de formatage de données afin de préparer les datas au stockage. En face de ces avantages, il y a un inconvénient majeur qui est la nécessité d’avoir un technicien dans son équipe capable de créer l’architecture de stockage et de l’entretenir par la suite. De plus, il faut savoir que la création de ce genre d’architecture peut très rapidement s’avérer assez couteuse.

Globalement, l’arbitrage se fait entre « simplicité de déploiement et couts lissés » d’une part et « maitrise, sécurité et flexibilité » d’autre part. Cependant, précisons que dans certains cas, votre DSI peut opter de façon totalement légitime pour une solution de Cloud Computing en fonction par exemple du budget que vous lui allouez ou encore de la disponibilité préalable de serveurs sur le site industriel.

CONCLUSION

En conclusion, vous l’aurez compris, la 4ème révolution industrielle est tellement liée au monde du digital qu’il est impensable d’envisager sa propre transformation sans équipes techniques en interne ou accompagnement par des intégrateurs externes. Que ce soit sur le plan de l’installation réseau, de la configuration des machines et des serveurs ou enfin du stockage des datas remontées, vos équipes SI auront enfin autant leur place dans vos ateliers que dans vos bureaux !

Pour des entreprises très industrielles, cela peut être l’opportunité tant attendue d’intégrer un SI dans vos équipes qui viendra en plus en soutien de vos utilisateurs support par exemple. En tout cas s’il ne faut retenir qu’une chose de cette lecture c’est sans aucun doute : « pas de SI, pas d’Industrie du Futur ».

 

 

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